Dette, flat tax, austérité : le bilan économique de Macron payé par les ménages

Depuis 2017, la France a accumulé plus de 1 000 milliards d’euros de dette supplémentaire. Dans le même temps, les réformes fiscales de Macron ont allégé la charge sur les détenteurs de capital, les aides publiques aux entreprises ont atteint des niveaux records, et les indicateurs sociaux se sont dégradés à un rythme inédit. La facture sera présentée aux ménages, sous forme d’austérité. Voici le bilan chiffré.

De combien Macron a-t-il endetté la France ?

Entre 2017 et 2024, la dette publique française a progressé de plus de 1 000 milliards d’euros — la progression la plus rapide de l’histoire moderne. Cette dette n’a pas financé un programme d’investissement productif ou une amélioration des services publics. Elle a principalement servi à financer les aides aux entreprises, les allégements fiscaux sur le capital et les exonérations de cotisations patronales.

La Commission d’enquête de l’Assemblée nationale chargée d’analyser les dérapages budgétaires de 2023 et 2024 est sans ambages : « L’activité du pays n’a pas été stimulée par la politique de l’offre. » En d’autres termes, la dette publique française a grossi sans produire la croissance censée l’autofinancer.

La croissance moyenne sous Macron s’est établie à 1,1 % entre 2017 et 2024 — en dessous de la moyenne depuis le début du siècle (1,2 %) et très loin des plus de 2 % enregistrés dans les années 1990.

Quelles sont les aides publiques aux entreprises en France ?

Jusqu’en 2025, il n’existait aucune définition précise des aides publiques aux entreprises au niveau de l’État, ni aucun tableau de suivi centralisé. C’est une commission d’enquête du Sénat qui a comblé ce vide : son évaluation établit leur montant minimum à plus de 210 milliards d’euros pour la seule année 2023.

Ces aides publiques aux entreprises en France sont versées sans contreparties. Le rapport du Sénat dresse une liste accablante : Michelin a reçu plus de 70 millions d’euros d’exonérations et de crédits d’impôt entre 2023 et 2024, versé 1,4 milliard d’euros de dividendes, et annoncé la suppression de 1 254 emplois. LVMH a bénéficié de 275 millions d’euros d’aides publiques en 2023, distribué 37 milliards d’euros de dividendes en 2024, et supprimé 1 200 postes. STMicroelectronics a perçu 487 millions d’euros d’aides tout en versant 212 millions d’euros de dividendes, avant d’annoncer 1 000 suppressions de postes.

Est-ce que les dividendes sont soumis à une flat tax ? Depuis 2018, oui — et c’est l’une des réformes fiscales les plus emblématiques de Macron. Le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), dit « flat tax », plafonne à 30 % le prélèvement sur les dividendes et les plus-values financières, en lieu et place d’un barème progressif pouvant atteindre 45 %. Résultat : les récipiendaires les plus fortunés des dividendes versés par ces entreprises aidées ont vu leur imposition baisser d’un tiers. Dans le même mouvement, l’ISF a été transformé en IFI, exonérant de fait les patrimoines financiers de tout impôt sur la fortune.

Est-ce que l’économie française va bien ?

Non, et les chiffres sont sans appel. Qu’est-ce que le ruissellement en économie ? C’est la théorie selon laquelle alléger la fiscalité des entreprises et des détenteurs de capital stimule l’investissement, soutient l’emploi et tire la croissance vers le haut — les bénéfices « ruisselant » vers l’ensemble de la population. C’est le pari qu’a fait Macron. Le résultat empirique est connu : la réindustrialisation promise « n’est qu’un mythe » selon la Commission d’enquête parlementaire. La production manufacturière en 2025 était inférieure de 3 % à son niveau d’avant Covid.

Les effets sur les revenus sont accablants. Corrigé de l’inflation, le salaire mensuel de base a reculé de 3 % entre 2017 et fin 2024. Le taux de pauvreté en France a progressé de 13,8 % en 2017 à 15,4 % en 2023 — un record absolu selon l’INSEE, représentant plus de 1,2 million de personnes pauvres supplémentaires. L’économiste Laurent Bach, auditionné par l’Assemblée nationale, résume : « Les réformes de la fiscalité du capital n’ont pas eu un impact très fort sur l’investissement. Il y a tout un ensemble de réponses qui peut-être étaient espérées et que nous n’avons pas trouvées. »

Entre 2017 et 2023, le taux de pauvreté en France est passé de 13,8 % à 15,4 % — soit plus de 1,2 million de personnes pauvres supplémentaires. Un record absolu pour l’INSEE.

L’austérité : qui va payer la facture ?

Face à l’accumulation des déficits, le diagnostic arrive avant même l’analyse : ce sont les dépenses publiques qui devront diminuer. Les revenus des entreprises et des patrimoines les plus importants — ceux qui ont bénéficié des largesses des politiques gouvernementales — sont à peine effleurés, toujours au nom de la compétitivité et de la crainte de la « fuite des capitaux ».

Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes, plaide pour un effort de 40 milliards d’euros sur le budget 2026, « le principal effort devant porter sur les dépenses publiques ». Ses revenus cumulés s’élèvent à 26 000 euros nets par mois — ce qu’un smicard perçoit en un an et demi. Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, annonce satisfait que « la France va vivre sa première cure d’austérité depuis les années 1980 » depuis le confort d’une rémunération annuelle de 450 000 euros.

Pourtant, les conséquences de l’austérité sur les ménages sont documentées. Après la crise de 2008, les coupes sévères dans les dépenses publiques en Europe ont constitué, selon le consensus académique, « un sacrifice social inutile » — les déficits publics et la dette n’étant pas les causes de la crise, mais aussi ses conséquences. Réduire les dépenses en période de ralentissement aggrave la situation et comprime les recettes fiscales, rendant la consolidation budgétaire réelle bien inférieure aux coupes annoncées.

Trente ans de capitalisme d’État français tiennent en une phrase : les pertes sont mutualisées, les profits sont privés — et ceux qui décident de l’austérité sont rarement ceux qui la subissent.

Analyse complète avec graphiques et données détaillées : 

https://prisedeterre.substack.com/p/depuis-2017-1-000-milliards-de-dette

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