Qui profite de la mondialisation et qui y perd ? Tout comprendre en 10 questions

Le discours officiel sur la mondialisation promet une prospérité partagée. Mais la mondialisation profite-t-elle à tous de la même manière ? Une étude publiée en 2024 dans la revue Nature répond par les chiffres… et le constat est accablant.

1/Quelles sont les inégalités entre le Nord et le Sud ?

En 2021, les travailleurs des pays du Sud ont fourni 90 % des 9 600 milliards d’heures de travail nécessaires à la production mondiale. 

En retour, ils n’ont perçu que 44 % du revenu global généré. Un travailleur du Sud travaille en moyenne 2 200 heures par an, contre 1 600 heures dans l’Union européenne, soit un écart de 30 % de la durée légale du travail en France.

2/Quelles sont les relations Nord-Sud ? 

Elles se résument à un chiffre : les pays riches importent quinze fois plus de travail du Sud qu’ils n’en exportent. 

Un rapport de 1 à 15 qui caractérise l’ensemble des échanges commerciaux depuis les années 1990.

3/Pourquoi la mondialisation engendre des inégalités ? 

Le travail n’est pas rémunéré à sa valeur réelle : si les pays riches devaient payer au tarif local les heures de travail qu’ils importent du Sud, leur facture salariale augmenterait de plus de 15 000 milliards d’euros par an.

Sur la période 1995-2021, les économies du Nord ont économisé plus de 300 000 milliards d’euros grâce au faible coût de la main-d’œuvre du Sud.

4/Qui profite le plus de la mondialisation ?

Sans ambiguïté : les pays riches et leurs consommateurs. Chaque produit importé intègre des heures de travail payées à une fraction du coût européen. C’est ce mécanisme qui permet à un t-shirt de se vendre 10 euros ou à un smartphone d’être accessible au grand public. 

5/Qui sont les gagnants de la mondialisation ? 

Ce sont les économies qui ont organisé ce système à leur profit — et qui en dépendent désormais structurellement.

6/Qui sont les perdants de la mondialisation ?

Les travailleurs du Sud, d’abord. Neuf dixièmes de la main-d’œuvre mondiale ne perçoivent qu’un cinquième des revenus qu’elle génère. 

7/Qui ne profite pas de la mondialisation ? 

Ce sont les 370 millions de travailleurs invisibles — l’équivalent de la population active des États-Unis et de l’UE réunies — dont le labeur fait tourner les économies riches sans jamais apparaître dans nos statistiques de bien-être.

8/Mais qui perd dans la mondialisation côté Nord ? 

Les travailleurs peu qualifiés, victimes de la concurrence des bas salaires, et les territoires désindustrialisés qui n’ont pas bénéficié des promesses de reconversion.

9/Quels sont les principaux problèmes liés à la mondialisation ?

Le premier est structurel : les règles du commerce mondial ont été conçues par les pays riches, pour les pays riches. Aucun secteur n’échappe au déséquilibre — le rapport est de 120 pour 1 dans l’agriculture, 110 pour 1 dans les mines. En quoi la mondialisation est-elle mauvaise ? Pas en soi — mais telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, elle repose sur ce que les chercheurs Jason Hickel, Morena Hanbury Lemos et Felix Barbour appellent un « régime de main-d’œuvre bon marché », activement entretenu par les pays riches.

10/Pourquoi la mondialisation pourrait-elle être remise en cause ?

Parce que le modèle atteint ses limites. Les niveaux de consommation des pays riches ne sont maintenables qu’à condition de continuer à exploiter le travail bon marché du Sud — une dépendance qui rend leurs économies vulnérables à toute perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales. Et parce que la légitimité d’un système où 90 % du labeur mondial ne perçoit que 20 % des revenus est de plus en plus difficile à défendre.

Analyse complète avec graphiques et données détaillées :

https://prisedeterre.substack.com/p/370-millions-de-travailleurs-invisibles

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