La France détient le record du plus grand nombre de catastrophes naturelles de l’Union européenne sur la période 1900-2025. Depuis 2015, la fréquence des sinistres climatiques est quatre fois supérieure à ce qu’elle était avant. Derrière cette accélération se profile une crise silencieuse : celle de l’assurabilité. Hausse des primes d’assurance habitation, résiliations massives de contrats, zones entières non assurables — le changement climatique est en train de transformer radicalement le marché de l’assurance.
Quel est le lien entre le réchauffement climatique et les catastrophes naturelles ?
Le lien est direct et documenté. Le document de référence du gouvernement français (TRACC) anticipe un réchauffement de 2,7°C en 2050 et 4°C en 2100. Météo France estime que dans un scénario à +4°C, les sécheresses pourraient être cinq fois plus fréquentes, les épisodes de précipitations extrêmes 2,8 fois plus fréquents, et l’intensité des cyclones tropicaux 20 % plus intense. Les risques climatiques en France augmentent donc mécaniquement avec chaque dixième de degré supplémentaire.
Le Bureau des Nations Unies rapporte une multiplication par cinq du nombre de catastrophes naturelles depuis 1970 : de 90 à 100 par an entre 1970 et 2000, à 350-500 par an entre 2000 et 2020. Si les tendances actuelles se prolongent, ce nombre pourrait approcher les 600 d’ici 2030 — une augmentation de 40 % depuis les accords de Paris.
Le changement climatique accroît-il le risque de catastrophes ?
Oui, et les chiffres en France sont parlants. Depuis le début du siècle, le nombre d’événements « très graves » — plus de 30 millions d’euros de dégâts ou au moins 10 morts — est en moyenne de quatre par an, contre un seul entre 1950 et 2000. Un Français sur quatre vit aujourd’hui dans une zone inondable. Les inondations et le changement climatique sont indissociables : selon Météo France, l’intensité des pluies extrêmes en zone méditerranéenne a déjà augmenté de 15 % par rapport aux années 1960.
En 2024, la France métropolitaine a connu douze épisodes d’inondations modérées à importantes entre septembre et novembre. Le cyclone Chido a dévasté Mayotte. Les catastrophes naturelles d’origine climatique ne sont plus des événements exceptionnels — elles deviennent la norme.
Quelle est la couverture de l’assurance habitation pour les événements climatiques ?
En France, le régime Cat-Nat (catastrophes naturelles) permet d’indemniser les particuliers, les entreprises et les collectivités via un mécanisme de solidarité nationale. Il couvre les dommages causés par les inondations, les sécheresses, les glissements de terrain et les séismes, sous réserve d’un arrêté de catastrophe naturelle publié au Journal officiel.
Mais ce système montre ses limites face à l’accélération des sinistres climatiques. France Assureurs l’admet : sur la période 2020-2023, le coût des sinistres climatiques pour les assureurs est déjà supérieur de 18 % aux projections établies à l’horizon 2050. La hausse des primes d’assurance habitation en France est inévitable — et déjà amorcée dans les zones à risque élevé.
Quels dommages sont souvent exclus d’une assurance habitation ?
Les contrats d’assurance habitation excluent fréquemment les dommages causés par la montée progressive des eaux, l’humidité chronique, l’érosion côtière, ou encore les dommages survenus dans des zones classées à risque sans arrêté Cat-Nat. Dans les zones inondables, certains assureurs imposent des franchises élevées ou plafonnent les indemnisations à des niveaux très inférieurs au coût réel des dommages. Le reste à charge pour les assurés peut être considérable — Swiss Re estime les pertes restées à la charge des victimes ou des États en 2024 à 180 milliards de dollars au niveau mondial.
Est-ce qu’une assurance peut refuser de m’assurer ?
Oui. En théorie, en France, le refus d’assurance habitation est encadré — l’assureur doit motiver son refus. Mais dans les faits, les résiliations de contrats et les refus se multiplient dans les zones à risque climatique élevé. Aux États-Unis, entre 2018 et 2023, les assureurs ont résilié près de deux millions de contrats d’assurance habitation — quatre fois plus que la normale. En Californie, trois des plus grandes compagnies d’assurance habitation ont refusé près d’un dossier d’indemnisation sur deux en 2023.
Quels sont les motifs possibles pour un refus d’assurance habitation ?
Les motifs invoqués par les assureurs pour refuser ou résilier une assurance habitation dans les zones à risque climatique sont de plus en plus liés à l’exposition aux catastrophes naturelles : zone inondable, proximité de forêts exposées aux incendies, littoral soumis à l’érosion ou à la montée des eaux. Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, a averti : « d’ici 10 ou 15 ans, il y aura des régions du pays où il sera impossible d’obtenir un prêt hypothécaire faute d’assurance disponible. » Une perspective qui concerne aussi l’Europe et la France.
Les sinistres assurés liés aux catastrophes naturelles croissent de 5 % à 7 % par an depuis 1990 au niveau mondial selon Swiss Re — deux à trois fois plus vite que la croissance économique mondiale.
Qui paie les catastrophes naturelles en France ?
Aujourd’hui, le régime Cat-Nat repose sur la solidarité nationale : l’ensemble des assurés contribue via une surprime obligatoire sur leurs contrats. Mais à mesure que le changement climatique transforme l’aléa en quasi-certitude, ce modèle mutualiste atteint ses limites. Le montant des sinistres liés aux événements naturels pourrait doubler d’ici 2050 pour atteindre 143 milliards d’euros en France. Le rapport « Repenser la mutualisation des risques climatiques » de 2025 du Haut commissariat à la stratégie pose la question centrale : les risques climatiques doivent-ils être socialisés comme la protection sociale, avec l’État comme assureur de dernier recours ?
La réponse américaine donne un aperçu de ce qui attend la France : plus de trente États disposent d’un assureur public de dernier recours (FAIR plans), financé en partie par les compagnies privées qui ont refusé d’assurer. Le programme fédéral d’assurance inondation est quant à lui endetté de 20 milliards de dollars envers le Trésor américain. Les pertes sont mutualisées, les profits passés ont été privés — une logique qui risque de s’imposer aussi en Europe.
Analyse complète avec graphiques et données détaillées :
https://prisedeterre.substack.com/p/le-changement-climatique-e-les-assurances
