Accord Mercosur : ce que ça change pour les agriculteurs

En janvier 2026, après trente ans de négociations, l’Union européenne ratifiait officiellement l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Pour une agriculture française déjà en crise, cet accord UE-Mercosur représente une menace directe. Décryptage.

C’est quoi le traité Mercosur ?

Le Mercosur est un bloc commercial réunissant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Après plus de trente ans de négociations, la ratification Mercosur a été actée le 9 janvier 2026 par les États membres de l’UE, malgré l’opposition de la France. Cet accord de libre-échange ouvre un marché de 450 millions de consommateurs européens aux produits agricoles sud-américains : viande bovine, sucre, éthanol et céréales. En contrepartie, l’industrie européenne — autos, aéronautique, chimie — accède plus facilement aux marchés d’Amérique du Sud.

Pourquoi signer l’accord du Mercosur ?

La logique de cet accord est résumée par la formule « viandes contre voitures ». L’Union européenne, qui détient le record mondial avec près d’une cinquantaine d’accords de libre-échange signés, cherche à préserver ses secteurs excédentaires : aéronautique, chimie, vins et spiritueux. Le libre-échange Mercosur s’inscrit dans une stratégie commerciale européenne qui sacrifie l’agriculture au profit de l’industrie. Pour les partisans de cet accord, le bénéfice global est positif. Pour les agriculteurs français, l’équation est bien moins favorable.

Quels sont les avantages du Mercosur pour la France ?

Les avantages du Mercosur pour la France existent, mais ils sont très ciblés. Les industriels des secteurs encore excédentaires — aéronautique, luxe, chimie — y voient de nouveaux débouchés. Mais le bilan global est difficile à défendre au regard du déclin de l’agriculture française. La France est passée de deuxième exportateur mondial de produits agroalimentaires dans les années 1990 à la sixième place depuis 2015. Sa balance commerciale agroalimentaire, traditionnellement excédentaire de 10 à 15 milliards d’euros, frôle aujourd’hui zéro. Les exportations agricoles françaises reculent pendant que les importations agricoles ont doublé en vingt-cinq ans. C’est dans ce contexte de déclin de l’agriculture française que l’accord UE-Mercosur entre en vigueur.

Qu’est-ce que la souveraineté alimentaire et pourquoi est-elle menacée ?

La souveraineté alimentaire désigne la capacité d’un pays à produire lui-même une part suffisante de ce qu’il consomme, selon ses propres normes. Est-ce que la France est autosuffisante en nourriture ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la moitié des poulets consommés sont importés, un quart de la viande de porc vient d’Espagne ou d’Allemagne, les trois quarts du miel sont d’origine étrangère. La PAC (Politique Agricole Commune) a accéléré ce mouvement en exposant l’agriculture française à un libre-échange sans mécanisme de protection contre le dumping social et environnemental pratiqué par certains partenaires européens. Avec l’accord UE-Mercosur, cette logique s’étend à l’Amérique du Sud, au risque d’aggraver encore la dépendance alimentaire de la France.

C’est quoi le Mercosur pour les agriculteurs français ?

Pour les agriculteurs français, le traité Mercosur représente une concurrence déloyale supplémentaire. Les nouveaux quotas d’importation de viande bovine à droits réduits pourraient représenter 20 % d’importations supplémentaires sur les morceaux les plus rentables pour les éleveurs. À l’horizon 2030, la part de marché des produits du Mercosur dans ce secteur pourrait doubler, au détriment des éleveurs européens.

La source de cette concurrence déloyale est claire : les coûts de production dans les pays du Mercosur sont jusqu’à 30 % inférieurs à ceux pratiqués en Europe, grâce à des normes phytosanitaires, sociales et environnementales bien moins contraignantes. C’est du dumping agricole à grande échelle. Or le rapport remis au Premier ministre en 2020 sur l’accord UE-Mercosur était sans appel : aucun mécanisme contraignant ne garantit le respect des engagements environnementaux ou sociaux, et les violations n’ont aucune conséquence sur les échanges commerciaux.

Dans un contexte de crise agricole en France où près d’un quart des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté, c’est un nouveau coup dur. Comme l’avait déclaré Emmanuel Macron face aux représentants du secteur : « le libre-échange, c’est comme les jeux olympiques, il y a des gagnants et des perdants ». Pour l’avenir de l’agriculture française, le compte est loin d’êfire à la hauteur.


👉 L’analyse complète, avec les graphiques sur l’évolution de la balance commerciale agricole française et le détail des quotas par filière, est à retrouver dans notre newsletter :

L’accord Mercosur ou la mort programmée d’une agriculture en déclin

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