Depuis vingt-cinq ans, la même rhétorique revient en boucle : le système de retraite français serait au bord de la faillite, et la retraite par capitalisation serait la solution miracle. Mais derrière les promesses de rendements mirobolants, la réalité est bien plus nuancée.
Comment fonctionne la retraite par répartition ?
Le système de retraite français repose sur la répartition : les cotisations retraite prélevées sur les revenus des actifs d’aujourd’hui financent directement les pensions des retraitis actuels. En contrepartie, ces actifs acquièrent des droits à une pension future, payée par les générations suivantes. C’est le principe de la solidarité intergénérationnelle.
Ce système est aujourd’hui sous pression. Le déclin démographique, combiné à une baisse de la fertilité en France (1,66 naissance par femme en 2023) et au vieillissement de la population, fait baisser le ratio actifs/retraités. Il y a de moins en moins d’actifs pour financer les pensions d’un nombre croissant de retraités. C’est ce déficit retraites qui alimente depuis vingt-cinq ans le débat sur une éventuelle réforme des retraites, voire son remplacement par la capitalisation.
Pourtant, chaque année, le Conseil d’orientation des retraites (COR) publie des projections fondées sur des hypothèses optimistes — plein emploi, rebond de la natalité — qui ne se matérialisent jamais. Les Français sont 60 % à ne plus faire confiance au système actuel pour leur garantir une retraite correcte.
Comment fonctionne une retraite par capitalisation ?
Dans un système de retraite par capitalisation, chaque actif épargne pour sa propre retraite via un plan d’épargne retraite (PER) ou un fonds de pension. Les sommes versées sont placées sur les marchés financiers — actions, obligations — et accumulées jusqu’à la retraite. Le montant de la pension dépend alors du capital constitué et du rendement bourse obtenu sur la durée.
Les banques et assureurs, qui lorgnent sur les 350 milliards d’euros du budget des pensions, font miroiter les performances historiques du CAC40 : un rendement moyen après dividendes d’environ 8 % par an depuis 1988. De quoi, selon eux, transformer le moindre épargnant en rentier à la retraite, y compris au niveau du SMIC.
Quel est l’avantage principal d’un plan de retraite par capitalisation ?
L’argument phare des partisans de la capitalisation est l’indépendance vis-à-vis de la démographie. Contrairement au système par répartition, le financement ne dépend pas du ratio actifs/retraités : chacun constitue son propre capital. Les pays qui ont adopté des systèmes mixtes — Répartition et capitalisation — comme les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou le Chili, sont souvent cités en exemple.
La liberté de gestion de l’épargne retraite est aussi mise en avant : chaque individu peut moduler ses versements et choisir ses placements. Pour les hauts revenus capables d’alimenter régulièrement un PER, le système de retraite par comparaison peut s’avérer avantageux. Mais cette liberté a un revers : elle fait peser l’intégralité du risque financier sur l’individu.
Quel est le système de retraites le plus rentable, par capitalisation ou par répartition ?
La comparaison système retraite capitalisation vs répartition est plus complexe qu’il n’y paraît. Le rendement bourse retraite dépend étroitement du moment où l’on entre et sort des marchés. Un crack boursier à la veille de la retraite peut effacer des années d’épargne : une chute de 60 % du CAC40 ramenerait l’indice sous ses niveaux de l’an 2000. La volatilité des marchés financiers est incompatible avec la sécurité qu’exige une retraite.
Par ailleurs, les récupérations boursières après les crises sont généralement liées à une forte intervention des États — donc des contribuables. Ce qui revient, en substance, au même mécanisme que la répartition : des actifs qui financent, via l’impôt, les pensions des retraités. Avec, en prime, des intermédiaires privés (banques, assureurs) qui captent une part du rendement.
Enfin, la capitalisation fait face à la même contrainte démographique que la répartition : avec moins d’actifs pour faire tourner l’économie, les rendements financiers s’en trouvent mécaniquement réduits. La faillite des fonds de pension n’est pas une fiction : elle s’est produite à plusieurs reprises dans des pays pourtant considérés comme des modèles.
Quels sont les inconvénients de la retraite par capitalisation ?
Le premier inconvénient d’un contrat de capitalisation est son caractère profondément inégalitaire. Pour constituer une épargne retraite suffisante, il faut pouvoir épargner régulièrement sur toute une carrière. Or les intermédiaires financiers oublient de préciser que les cotisations retraite au niveau du SMIC sont en réalité payées par l’État via les exonérations de charges. La retraite SMIC par capitalisation supposerait que les entreprises versent ces 25 % supplémentaires directement aux salariés — ce que personne ne garantit.
L’exemple américain est éclairant. Les États-Unis, pays des marchés financiers par excellence, disposent d’un double système répartition et capitalisation. Résultat : le taux de pauvreté des retraités américains atteint 30 % chez les plus de 65 ans, soit deux fois plus qu’en France. Parmi les futurs retraités américains les plus pauvres, 6 sur 10 n’ont aucun plan d’épargne retraite. L’épargne médiane des retraités américains est de seulement 170 000 $ : loin du fantasme de la retraite dorée par capitalisation.
Pour les bas salaires, les travailleurs précaires et les carrières hachées, les inconvénients de la retraite par capitalisation l’emportent largement sur ses avantages. Quant à l’abrogation de la dernière réforme des retraites, elle représenterait selon les économistes un coût de l’ordre de 15 euros par mois au niveau du SMIC : un montant très loin de justifier un basculement vers la capitalisation.
👉 L’analyse complète avec les graphiques sur le ratio actifs/retraités, les projections démographiques et la comparaison détaillée des systèmes est disponible dans notre article Substack : Le mirage de la retraite par capitalisation — prisedeterre.substack.com
